Emmanuel DELANNOY

Coordinateur du réseau Territoires et Entreprises à l’Office français de la biodiversité (OFB)

Le 19/10/2026

Emmanuel DELANNOY, coordinateur du réseau Territoires et Entreprises à l’Office français de la biodiversité (OFB), nous éclaire sur les missions de l’OFB, le rôle de l’ARBE dans leur déploiement en région Sud et l’évolution de la prise en compte de la biodiversité par les entreprises.
Il nous dévoile également les enjeux et les perspectives qu’il viendra partager lors de la Journée des Réussites RSE, le 24 novembre prochain. 

Quelles sont les grandes missions de l’OFB, et comment l’ARBE les déploie-t-elle concrètement en Région Sud ?

Vis-à-vis des entreprises, l’OFB est là pour mobiliser et accompagner toutes les entreprises, de toutes tailles, de tout secteur d’activité et quel que soit leur niveau de “maturité” sur la question de la biodiversité. Il s’agit notamment de proposer des solutions permettant de s’informer, de se former et de sensibiliser ses équipes, par exemple avec le MOOC Entreprises et Biodiversité, réalisé conjointement avec le MEDEF et la LPO, le Kit Biodiversité, réalisé avec Bpifrance, ou encore des modules “entreprises” de la Fresque de la Biodiversité. Nous mettons à la disposition des entreprises des méthodes et outils de diagnostic “Dépendances / Impacts / Risques / Opportunités” comme le DiagBiodiversité, avec Bpifrance, ou ACT Biodiversité avec l’ADEME. Nous proposons enfin des cadres de référence et un programme de reconnaissance des plans d’action biodiversité, via la démarche “Entreprises Engagées pour la Nature”.

Le tout dans une démarche partenariale : nous ne faisons rien seuls, mais travaillons toujours avec d’autres acteurs, comme l’ADEME et Bpifrance, mais aussi avec des têtes de réseau comme le MEDEF, le CJD, la Convention des Entreprises pour le Climat, ENGAGE, la Fédération des PNR et les acteurs clés des principales filières stratégiques.

Toutes nos actions sont “territorialisées”, c’est-à-dire qu’elles sont déployées par les Agences Régionales de Biodiversité, notamment, ici, par l’ARBE Région Sud. Concrètement, l’ARBE élabore et met en œuvre sa propre stratégie d’accompagnement des entreprises, en étant appuyée et outillée par l’OFB. Elle peut ainsi décliner localement des actions de mobilisation, de sensibilisation, animer un réseau d’échange de pair à pair, organiser des Biodiv’tours et proposer aux entreprises sa propre charte d’engagement régionale.

Comment progresse la prise en compte de la Biodiversité dans les entreprises ?

En la matière, je préfère voir le verre à moitié plein : la prise en compte de la biodiversité progresse, pour tout un tas de raisons : les dirigeants sont de plus en plus conscients que la biodiversité est un enjeu qui les concerne, comme l’affirme l’IPBES dans son dernier rapport “Entreprises et Biodiversité”, adopté en plénière le 9 février 2026. Rappelons aussi que le World Economic Forum, autrement dit le forum de Davos, considère que la crise de la biodiversité est le troisième risque le plus important qui pèse sur les entreprises. Enfin, il est important de considérer que la biodiversité n’est pas un sujet “à part” ou “en plus”, mais qu’elle est au croisement de nombreux autres enjeux comme l’eau, les ressources ou l’adaptation au changement climatique.

D’un point de vue quantitatif, la Stratégie Nationale de Biodiversité 2030 fixe un objectif de 5 000 entreprises mobilisées à travers des plans d’actions ambitieux. Nous en sommes encore loin, mais nous sommes confiants sur le fait que la stratégie actuelle de démultiplication, à travers des partenariats, et de régionalisation, va porter ses fruits.
D’un point de vue qualitatif, il est remarquable que de plus en plus de ces plans d’actions ne se contentent plus des aspects plus “cosmétiques”, comme le verdissement des sites d’entreprises, mais intègrent des aspects liés à la chaîne de valeur voire au modèle économique lui-même, conformément à nos recommandations et à celles de l’IPBES.

Vous avez créé un label biodiversité, combien d’entreprises régionales sont concernées ?

Je tiens à préciser tout de suite qu’il ne s’agit pas d’un label (qui a une définition juridique et technique précise), mais d’une reconnaissance d’Etat de la qualité et de l’ambition d’un plan d’action d’entreprise. Il s’agit du programme « Entreprises Engagées pour la Nature » qui se concrétise, après la signature d’une charte d’engagement, par le dépôt d’un plan d’action détaillé, « SMART » qui doit faire l’objet d’une validation par un jury indépendant.
Au plan national, 427 entreprises ont déposé un plan d’action validé depuis le début du programme. En région Sud, elles sont 24, ce qui est cohérent, mais nous savons que les entreprises de la Région peuvent aller beaucoup plus loin encore !

Vous avez décidé de confier un projet expérimental au LAB RSE INNOVATION : de quoi s’agit-il, et quel résultat en attendez-vous ?

Il s’agit, par une enquête de terrain et la conduite d’entretiens semi dirigés, de mieux comprendre comment les entreprises engagées dans des démarches de RSE appréhendent la question de la biodiversité et comment elles pourraient être plus nombreuses à se mobiliser pour ce qui est encore un « parent pauvre » des engagements RSE, alors qu’elle est un pilier vital de la résilience des territoires et des entreprises. De cette étude découleront des recommandations concrètes qui pourront ensuite être mises en œuvre par toutes les agences régionales de biodiversité du territoire.

Vous serez présent le 24 novembre prochain pour dire quoi ?

Nous vous montrerons, à travers des témoignages comme celui de l’entreprise SERPE et d’autres, quelles sont les réalisations concrètes des entreprises engagées pour la nature et quels avantages elles en retirent de leur côté en termes de rentabilité, de cohésion et d’intégration territoriale. Nous animerons également avec l’ARBE Région Sud un atelier pratique : « Réussir son business avec la nature : impacts, dépendances, solutions », pendant lequel les participants pourront mieux appréhender la manière dont ils peuvent procéder à un diagnostic et structurer leur plan d’action.

A lire également