La RSE, une promesse d’avenir ?

Débat qui a été animé par le directeur de rédaction du Groupe La Provence : Olivier Biscaye. 

Le 29/01/2026

Contexte

La RSE est-elle en recul ou en mutation ? Peut-elle rester une promesse d’avenir dans un monde en tension ? Comment continuer à avancer malgré les freins ?

D’un côté, certains y perçoivent un essoufflement : la mise en œuvre de la CSRD ralentit, les contraintes réglementaires sont réajustées, et les crises successives incitent certaines entreprises à réduire leurs investissements. Dans cette lecture, la RSE apparaîtrait presque comme une option, voire comme une posture. Mais une dynamique inverse s’affirme : les nouvelles générations attendent du sens, de la cohérence et de l’engagement réel ; les transitions écologique, sociale et technologique sont déjà en cours ; et une conviction progresse dans les organisations les plus matures : la RSE n’est plus un supplément, mais un socle stratégique, un marqueur de crédibilité, d’attractivité et de transformation durable.

Des chiffres à l’appui

D’après une étude réalisée par DESTIN COMMUN et La France en quête : l’écologie est un enjeu qui nous rassemble pour 70 % des Français, et « un enjeu auquel je pense souvent » pour 78 % des Français.

D’après BAIN B2B Customer Survey April 2025 (The Visionary CEOs’ Guide to Sustainability 2025) :
79 % des citoyens du monde entier disent encore être inquiets des questions environnementales (vs 90 % en 2023)
54 % des dirigeants considèrent que c’est la performance business qui motive l’action climatique, contre 1/3 en 2018. Les autres motivations sont des engagements pris publiquement sur lesquels il faut rendre des comptes, la conviction personnelle et la réglementation.

Rapport du MIT – State of Supply Chain Sustainability 2025
Après le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, 85 % des entreprises disent maintenir ou renforcer leurs engagements climatiques (73 % maintiennent leurs engagements et 13 % réhaussent leurs objectifs).

En france :
83 % des entreprises veulent publier un rapport RSE même sans obligation (Tennaxia 2025).
55 % des électeurs RN et 51 % des électeurs LR-UDI favorables à une planification écologique renforcée, en contradiction avec les positions de leurs leaders.


La PDG d’Utopie, Élisabeth Laville

Elle rappelle que le backlash actuel contre la transition n’est pas une révolte citoyenne, c’est une instrumentalisation politique, déconnectée des aspirations profondes de la société. De nombreuses études le prouvent. La dynamique citoyenne et économique est bien plus forte que les freins politiques. Alors que certains discours politiques freinent les avancées environnementales et tentent d’assouplir l’application de la directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), l’aspiration des citoyens et des salariés, elle, ne faiblit pas. Bien au contraire. Depuis la crise du COVID, la quête de sens, de bien-être au travail et de conditions humaines durables s’est profondément ancrée dans les attentes sociales. Les jeunes générations ne sont plus prêtes à travailler n’importe où, ni à n’importe quel prix.

Elle rappelle aussi combien le pouvoir des exemples est important et est le seul moyen de convaincre ses pairs.

Le Délégué régional de l’APEC PACA CORSE : Anthony Fumard

Aujourd’hui, attirer, recruter et fidéliser les meilleurs talents nécessite une approche de séduction des candidats, comparable à celle utilisée pour séduire les clients ou les financeurs. Le marché de l’emploi des cadres adopte désormais les mêmes codes. Les entrepreneurs et les recruteurs de cadres doivent rendre visible leur politique RSE.

Une enquête menée par l’Apec en mai 2025 auprès de 2 000 cadres du secteur privé met en lumière un malaise managérial croissant : 32 % des répondants déclarent ressentir fréquemment au moins un signe de dégradation de leur santé mentale, et 57 % se disent prêts à quitter leur poste.

Pendant ce temps, les entreprises n’attendent pas une contrainte pour agir.

Le Délégué régional de l’AFNOR, Fabrice Fauroux

Selon une récente enquête menée auprès de 400 de nos labellisés Engagé RSE :

  • 91 % mettent en avant le caractère structurant de la démarche de labellisation
  • 93 % déclarent avoir fédéré les équipes et renforcé la cohésion interne
  • 88 % déclarent que leur démarche RSE a permis d’améliorer leur performance financière

La RSE ne se limite pas à un simple exercice de reporting ou de communication. Il s’agit de se préoccuper de l’impact de ses décisions et activités sur la société et l’environnement, ce qui n’est évidemment pas neutre ni superficiel. C’est au contraire un réel projet d’entreprise, qui doit être porté et impulsé par la direction et qui touche de fait à la transformation des pratiques vis-à-vis de l’interne et de l’externe.

Il met en alerte. Il faut « discerner le bon grain de l’ivraie », face à l’offre florissante de chartes et labels de pacotille qui inondent les réseaux, car en matière de RSE, comme sur d’autres domaines, tout ne se vaut pas !

Pour ne pas se retrouver dans une impasse, les organisations doivent s’attacher à déployer leurs démarches RSE selon les recommandations du seul et unique cadre de référence international, l’ISO 26000, et ne recourir qu’aux seules démarches de labellisation robustes, pérennes et en alignement avec cela. Nous parlons là d’un label en conformité avec les recommandations du rapport de la Plateforme nationale RSE pilotée par France Stratégie (RSE | Propositions pour des labels RSE sectoriels destinés aux TPE, PME et ETI), traitant de la robustesse des labels RSE et des critères pertinents pour les évaluer.

Le Président de l’Ordre des experts-comptables PACA : Nicolas Ferand

Il observe une nette accélération des demandes liées à la RSE, preuve que les dirigeants ont compris l’intérêt concret d’agir sur les volets sociaux et environnementaux. Réduction des coûts énergétiques, de la consommation d’eau, de la production de déchets, baisse du turnover, amélioration de la santé mentale, prévention des troubles musculosquelettiques… la RSE est devenue un levier de performance globale.

Le Directrice régionale déléguée de la DREETS, Lauren Neyer

Il soutient la RSE, car elle permet d’accompagner les entreprises locales porteuses de sens et de valeur : meilleur alignement des mobilisations internes à l’entreprise (dialogue social, prise en compte des salariés dans les décisions et la vie interne, valeur sociale…), amélioration de l’attractivité (attirer les talents, fidéliser…), meilleur ancrage local et territorial, plus grande adaptabilité et souplesse dans des contextes économiques et sociaux très mouvants et incertains, capacité à tracer un cap cohérent (vision partagée…), prise en compte de l’environnement et des transitions incontournables. Bref, tout un ensemble de bons réflexes, au quotidien, qui rendent l’entreprise plus performante et plus robuste/adaptable dans le temps.

Tout le monde y gagne, « pour un monde meilleur ».

Le Directeur régional à l’ADEME PACA : Yves Le Trionnaire

Nous sommes sollicités de toutes parts par des porteurs de projets engagés, souvent freinés par le manque de financement, alors même que les besoins sont urgents : crise climatique et énergétique, crise de l’apprentissage depuis le changement de législation, difficultés d’accès à l’emploi pour les publics fragiles, précarité grandissante et urgence sociale. Si certaines entreprises restent à l’écart de cette dynamique, la RSE finira par s’imposer à elles, portée par des mécanismes systémiques déjà en place : exigences RSE dans les marchés publics, clauses imposées par les grandes entreprises à leurs sous-traitants, conditions bancaires (taux préférentiels liés à la performance RSE), ou encore choix du consommateur, devenu un consomm’acteur attentif aux engagements sociétaux et environnementaux des marques.

Philippe Girard, créateur des Journées des Réussites RSE et directeur du Lab RSE Innovation

La formule est claire : « La RSE, c’est une équation gagnante : en prenant soin de ses salariés, de l’environnement et de la société, l’entreprise gagne en cohésion… et en performance. Les entreprises qui s’engagent affichent jusqu’à 13 % de croissance supplémentaire. »

Nos journées mettent en lumière des entreprises qui prouvent que la RSE n’est ni un coût ni une contrainte, mais bien un état d’esprit, une volonté d’agir, et un levier de transformation durable pour tous.


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