Yolande EskenAZi
Commissaire à la lutte contre la pauvreté auprès du préfet de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur
Le 16/07/2026
Entreprises : un Pacte des solidarités à Marseille pour accompagner les salariés en situation de pauvreté. Retrouvez l’interview de Yolande Eskenazi, commissaire à la lutte contre la pauvreté auprès du préfet de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui nous dit tout sur ce dispositif pouvant améliorer la vie de vos collaborateurs.
Pourquoi avoir choisi de consacrer un Pacte local des solidarités aux travailleurs pauvres à Marseille ?
Les entreprises sont parfois confrontées à des situations qu’elles ne savent pas toujours comment accompagner : un salarié qui ne trouve plus de logement, une séparation qui fragilise un équilibre familial et qui se répercute sur l’emploi, des difficultés de mobilité qui créent de l’absentéisme, voire un renoncement au poste. Derrière ces situations se cache parfois une réalité : avoir un emploi ne protège pas toujours de la pauvreté.
En Provence-Alpes-Côte d’Azur, près de 9 % des personnes en emploi sont des travailleurs pauvres, selon l’INSEE. À Marseille, où le taux de pauvreté global atteint 26 %, cette réalité prend une acuité particulière.
C’est pour répondre à ces situations que l’État a souhaité lancer un Pacte local des solidarités, réunissant les réseaux économiques, mais aussi les collectivités, les organismes de protection sociale, les acteurs de l’emploi, du logement et de la santé au travail, afin d’apporter des réponses concrètes aux salariés et aux entreprises.
Avoir un emploi ne protège donc pas toujours de la pauvreté ?
Effectivement. La pauvreté est d’abord appréciée selon une approche monétaire, fondée sur les revenus du ménage. Le seuil de pauvreté correspond à 60 % du revenu médian, soit 1 288 € par mois pour une personne seule. Comme il est calculé au niveau du ménage, il varie selon la composition familiale : il est, par exemple, de 2 705 € pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans.
Mais cette approche ne suffit pas. Un salarié peut percevoir le SMIC, voire davantage, tout en étant en situation de pauvreté dans ses conditions de vie : difficultés de logement, restrictions alimentaires ou énergétiques, renoncement aux soins, impossibilité de faire face à une dépense imprévue ou contraintes de mobilité fragilisant durablement son quotidien, etc.
De même, certaines formes de précarité de l’emploi — temps partiel subi, contrats discontinus ou faibles rémunérations — peuvent conduire ou maintenir une personne dans une situation de pauvreté. Les conditions de vie liées à la pauvreté et la précarité de l’emploi se renforcent souvent mutuellement.
Le Pacte s’intéresse précisément à ces situations afin de les repérer le plus en amont possible, mais aussi d’accompagner les salariés lorsque la pauvreté est déjà installée.
Comment une entreprise peut-elle repérer ces situations ?
Il ne s’agit évidemment pas pour l’employeur de s’immiscer dans la vie privée de ses salariés.
En revanche, certains signaux peuvent conduire à ouvrir le dialogue : une demande d’avance sur salaire, un changement de situation familiale connu de l’entreprise, un absentéisme inhabituel, des difficultés exprimées liées au logement ou à la mobilité, ou encore des préoccupations financières partagées par le salarié.
L’objectif n’est pas de qualifier une situation de pauvreté, mais, avec l’accord du salarié, de le mettre en capacité de mobiliser des solutions adaptées et existantes : accès aux droits, accompagnement social, logement, mobilité ou, pour les salariés intérimaires, les dispositifs spécifiques proposés par le FASTT.
Concrètement, que se passe-t-il lorsqu’un salarié est orienté vers le dispositif ?
Le salarié bénéficie d’un accueil confidentiel et d’une évaluation sociale globale réalisée par Soliha Provence, notre opérateur. Celle-ci permet d’identifier les difficultés rencontrées et de mobiliser, avec l’ensemble des partenaires, les solutions les plus adaptées.
Lorsque cela existe, cet accompagnement doit naturellement s’articuler avec les ressources humaines ou les services sociaux de l’entreprise, dans le respect de la confidentialité et avec l’accord du salarié.
L’entreprise reste pleinement dans son rôle d’employeur, engagée aux côtés de ses salariés. Le Pacte lui permet de s’appuyer sur un réseau de partenaires spécialisés afin que chacun intervienne dans son champ de compétence.
Qu’est-ce qui fait la force de ce Pacte ?
Sa première force est de réunir autour d’un même objectif des partenaires qui n’avaient pas toujours l’habitude de travailler ensemble : les représentants du monde économique, avec notamment la CGPME des Bouches-du-Rhône, le MEDEF Sud, l’Union régionale des GEIQ, PRISM’emploi et le FASTT, mais aussi les collectivités, France Travail, les organismes de protection sociale, les services de prévention et de santé au travail, les acteurs du logement comme Action Logement, des associations comme Soliha Provence, ainsi que le monde universitaire avec Aix-Marseille Université.
Cette coopération permet d’apporter des réponses coordonnées et adaptées à chaque situation, sans laisser ni les salariés ni les entreprises seuls face aux difficultés rencontrées.
Quel message souhaitez-vous adresser aux entreprises ?
Les entreprises ont déjà un rôle essentiel en étant attentives à leurs salariés. Le Pacte ne leur demande pas de devenir des acteurs de l’accompagnement social ; il leur offre un réseau de partenaires capables de prendre le relais lorsque cela est nécessaire.
Nous recherchons aujourd’hui des entreprises volontaires pour rejoindre un groupe d’expérimentation. L’objectif est de mieux comprendre leurs besoins, de partager les expériences de terrain, de faire connaître les solutions existantes, mais aussi de tester avec elles des réponses concrètes au sein même des entreprises.
Prévenir la pauvreté des salariés, c’est agir en faveur de leur stabilité, sécuriser les parcours professionnels et contribuer à une économie plus inclusive.
Entrepreneurs, managers, directeurs des ressources humaines, contactez le LAB RSE INNOVATION pour plus d’informations :
philippe@labrseinnovation.com
