ALAIN JOUNOT

RESPONSABLE DU DÉPARTEMENT RSE DU GROUPE AFNOR 

 

 

 

 

Le 30/11/2022

Rencontre avec Alain Jounot, responsable du département RSE du Groupe AFNOR, entreprise, partenaire des Trophées des transitions et de la RSE depuis 18 ans, qui fait un point sur la RSE notamment au travers du label Responsibility Europe et de la nouvelle directive CSRD ( Corporate Sustainability Reporting Directive) qui remplace la directive sur le reporting extra-financier des entreprises.

 

 

 

 

TERRI

   

Quelle est la pertinence de défendre une vision européenne de la RSE ?
Ces dernières années, la France et les pays de l’Union européenne ont intégré l’objectif du
développement durable dans un vaste éventail de politiques. Nous avons notamment été aux
premiers rangs de la lutte mondiale contre le changement climatique et l’Union européenne s’est
montrée déterminée à promouvoir une économie produisant peu de carbone, se fondant sur la
connaissance et reposant sur une utilisation rationnelle des ressources.

Des tendances préoccupantes persistent néanmoins, en dépit de toute une série d’avancées
politiques. La demande en ressources naturelles a connu une expansion rapide et excède ce que la
Terre peut supporter à long terme. Nous devons contribuer à un passage rapide à une économie
fondée sur de faibles émissions de carbone et une faible consommation d’intrants, grâce à des
technologies économes en énergie et en ressources, à des transports durables et à une évolution
durable des modes de consommation. Nous devons également renforcer l’action menée en matière
d’environnement afin de protéger la biodiversité, l’eau et d’autres ressources naturelles. Il est établi
que la destruction de la biodiversité se poursuit à un rythme inquiétant. La dégradation des
écosystèmes réduit non seulement notre qualité de vie et celle des générations futures, mais elle
entrave également le processus d’un développement économique durable ainsi que l’a montré le
rapport Stern publié en 2006.

Antoine de Saint-Exupéry a écrit : « Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous
l’empruntons à nos enfants ». Le regard des générations futures devrait effectivement nous motiver
profondément et nous devons avoir vis-à-vis d’elles, le moment venu, la conscience tranquille. De
nombreux chantiers doivent encore être conduits à cette fin et l’Europe est l’acteur le plus engagé
dans cette voie.

Les défis sont colossaux et nécessitent une mobilisation coordonnée des acteurs. Précisément, les
labels RSE, crédibles et robustes comme le sont ceux reconnus par Responsibility Europe permettent
de faire évoluer les pratiques managériales des organisations de la planète vers une responsabilité
toujours mieux assumée.

 

Le label « Responsability Europe», c’est l’union pour accélérer la lutte contre le changement
climatique ?
D’ici à 2030, l’Union européenne est déterminée à atteindre les objectifs qu’elle s’est fixé en
matière de contribution aux objectifs de développement durable. Pour atteindre cet objectif, le
document de réflexion de la Commission européenne « Vers une Europe durable à l’horizon 2030 »
(COM(2019) 22 du 30 janvier 2019) attend un « comportement responsable des entreprises ». Cette
vision ambitieuse de « l’économie durable et responsable » notamment sur la question du
changement climatique a conduit à l’émergence de nombreux labels RSE pour valoriser les
démarches responsables des entreprises.
Toutefois, il est devenu indispensable de donner une meilleure lisibilité et un positionnement plus affirmé aux entreprises  labellisées RSE qui vont au-delà de démarches d’autoévaluation, de rating, de reporting ou de bilans sectoriels pour démontrer leur action globale et maitriser leur impact.
C’est pourquoi des acteurs européens convaincus par la nécessité de reconnaitre les labels crédibles ont lancé en juillet 2021 le label « Responsibility Europe», nouvelle marque de référence en matière de labels de Responsabilité sociétale. Cette initiative a pour ambition d’accélérer la mutation des organisations et de contribuer aux objectifs de développement durable. Le label Responsibility Europe permet aux organisations labellisées dans
divers pays de bénéficier d’une reconnaissance internationale, renforçant ainsi la crédibilité et la
lisibilité de leurs actions.

Pensez vous que la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive*) permettra aux
entreprises d’aller plus loin ?
Le vote de la CSRD doit nous engager à aller plus loin ; il ne s’agira pas de produire de la donnée pour
de la donnée, mais bien de changer nos pratiques pour afficher de meilleures données !
 Au nom du développement durable ou de la RSE, on assiste à différentes stratégies qui évitent
d’aborder la question frontale de la réconciliation du développement économique et de
considérations sociales et environnementales. Approcher le développement durable en fixant une
grille d’indicateurs de développement durable n’a aucun effet si ces indicateurs ne sont pas rattachés
à la réflexion stratégique et donc à la hiérarchisation des priorités et à la mise en œuvre concrète des
décisions. Or on assiste souvent, aussi bien pour les entreprises que pour les pays ou les collectivités
locales, à l’élaboration de batteries d’indicateurs sans que celles-ci ne soient intégrées au système de
décision.
 La publication de la Directive CSRD est un pas important, mais elle ne résoudra pas la problématique
de la performance RSE et du changement de comportement des entreprises par la seule voie des
indicateurs , il est essentiel à mon sens de faire le lien entre les pratiques opérationnelles des
entreprises et les résultats obtenus. Publier des données c’est bien mais passer à l’action c’est encore
mieux.

Que représentent pour vous les Trophées des Transitions et de la RSE et quelle est l’importance que vous leur
accordez ?
Les Trophées des Transitions et de la RSE que vous avez initié sont essentiels à mes yeux car ils font le
lien avec les acteurs du territoire. Ils constituent des outils de sensibilisation et d’engagement des
entreprises dans la voie de la transformation au service de la durabilité . Ils permettent également de
véhiculer les messages sur la crédibilité des labels qui doit reposer sur des évaluations sur site et non
simplement une réponse à un questionnaire.
C’est notamment pour cette raison que le label Responsibility Europe a été créé. Ce n’est pas un label RSE avec un cahier des charges supplémentaire pour les entreprises mais une signature commune des labels RSE les plus crédibles et robustes. Délivré par AFNOR en France, ECOPARC au Luxembourg et INDR en Suisse, Primum Non
Nocere, UNICEM entreprises engagées et le Conseil des Industries durables au Canada, il offre une reconnaissance internationale aux entreprises, en renforçant la crédibilité et la lisibilité de leurs actions globales et de leur impact social et environnemental.

Ainsi affiché, le label Responsibility Europe devient un argument de compétitivité et de crédibilité.

*La Directive CSRD – Corporate Sustainability Reporting Directive – remplacera bientôt la directive sur
le reporting extra-financier des entreprises (NFRD), afin de renforcer les objectifs de l’Union
Européenne en matière de finance durable. La CSRD doit étendre les exigences de la NFRD et les
appliquer à l’ensemble des entreprises de plus de 250 salariés (même si le texte cible avant tout les
50 000 plus grandes sociétés de l’Union européenne) tout en améliorant le contenu des rapports
extra-financiers : les entreprises devront ainsi communiquer des informations relatives aux
problématiques de durabilité, de changement climatique et évaluer l’impact de leur activité sur
l’environnement et la société en général. Le processus de reporting se trouvera simplifié grâce à
l’interopérabilité des critères ESG, des standards homogènes devant être élaborés par l’EFRAG
(European Financial Reporting Advisory Group). En France les nouvelles dispositions remplaceront la déclaration de performance extra-financière (DPEF) à partir du 1er décembre 2022 d’après le calendrier de la Commission Européenne ( source novethic).