LIONEL URDY 

DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’ECOLE DE LA DEUXIÈME CHANCE MARSEILLE

 

 

 

 

 

Le 15/07/2010

Lionel Urdy Vous êtes Directeur général de l’Ecole de la Deuxième Chance Marseille et 1er Vice-président Réseau E2C France Vous nous expliquez quelle est la vocation de l’E2C Marseille son enjeu en France, ses modalités d’action pour aider les 3 700 jeunes sans diplôme ni qualification qui ont intégré son parcours, vous nous faites part de vos résultats et comment réagissent les quelques 2000 entreprises partenaires de votre école pour les aider ?

 

 

 

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Quelle est la vocation de l’E2C Marseille et quel est l’enjeu en France ?

Ouverte officiellement fin 1997, l’Ecole de la Deuxième Chance de Marseille a été la première école de ce type instaurée en Europe. Sa mission est d’assurer l’insertion professionnelle et sociale, par l’éducation, de jeunes adultes de 18 à 25 ans, sortis du système scolaire depuis au moins un an, sans diplôme ni qualification. L’enjeu, en France, c’est d’apporter une réponse au problème des 120 000 jeunes qui, chaque année, quittent le système éducatif sans diplôme ni qualification. C’est plutôt difficile à évaluer, mais ici sur le territoire de l’aire métropolitaine marseillaise, environ 4 000 jeunes seraient concernés chaque année. Depuis que l’E2C Marseille existe, plus de 3 700 jeunes ont intégré le parcours et pendant l’année 2009, nous en avons suivi près de 620.

2. Quelles sont ses modalités d’action ?

Dans le parcours en alternance proposé par l’Ecole, chaque stagiaire bénéficie d’un accompagnement individualisé et renforcé en termes professionnels, pédagogiques et sociaux : D’abord, l’action de l’E2C est construite avec les entreprises : les chargés de mission du pôle entreprise de l’E2C travaillent en direct avec les entreprises afin d’accompagner les stagiaires dans leur construction d’un projet professionnel. Ensuite, l’action pédagogique de l’Ecole est concentrée sur la remise à niveau sur les connaissances et compétences fondamentales : savoir lire, écrire, compter, raisonner, maîtriser l’outil informatique. Dans le cadre d’une formation en alternance, la pédagogie est totalement individualisée et adaptée au niveau réel des stagiaires lorsqu’ils intègrent l’Ecole. Enfin, en partenariat avec les associations du territoire, l’action de l’E2C intègre aussi tous les problèmes périphériques que rencontrent ses stagiaires : logement, santé, relations familiales difficiles, accès aux droits…

Les stagiaires de l’E2C Marseille suivent donc une formation en alternance d’environ neuf mois dont au moins un tiers se fait en entreprise. Tous les stagiaires bénéficient d’un parcours individualisé : dans sa durée, son contenu pédagogique, le rythme de l’alternance et la construction du projet professionnel. L’alternance est obligatoire à l’E2C quel que soit l’objectif du stagiaire, car la confrontation directe avec « l’entreprise » constitue un principe de réalité indispensable pour découvrir puis structurer un projet professionnel.

3. Quels sont les moyens mis à disposition de l’E2C ?

D’abord cette Ecole est une institution créée par toutes des collectivités locales et soutenue depuis près de 13 ans par le Conseil Régional PACA, le Département des Bouches-du-Rhône, la Ville de Marseille et la Chambre de Commerce et d’Industrie Marseille Provence. Depuis deux ans, l’Etat est venu soutenir l’E2C aux côtés des collectivités locales.

L’Ecole de la Deuxième Chance de Marseille est installée dans les anciens abattoirs de Marseille, à Saint-Louis dans le 15ème arrondissement. C’est un véritable « campus » de 4,5 hectares, ouvert sur son environnement où travaillent plus de 60 collaborateurs, au service de jeunes qui cherchent à « rebondir » et à changer de vie. L’E2C fonctionne aujourd’hui avec trois antennes : une dans le centre nord de Marseille (rue Montolieu, 13002), une autre en cours de réhabilitation aux Flamants (13013) et une troisième antenne localisée à Istres pour des jeunes vivant sur le territoire d’Ouest Provence, autour de l’étang de Berre.

4. Mais comment réagissent les entreprises ?

L’une des grandes leçons de ce dispositif, partout où il existe en France, est de montrer que dans certaines conditions les entreprises participent à notre objectif. Aujourd’hui plus de 2 000 entreprises, regroupements d’entreprises et quelques associations sont partenaires de l’E2C Marseille et permettent à nos équipes d’organiser, a minima, 1 500 stages chaque année. Il y a deux idées fortes dans notre relation avec les entreprises. D’abord ne pas laisser un jeune partir seul à la recherche d’un stage – ils n’ont majoritairement pas ce qu’il faut pour le faire quand ils arrivent à l’E2C -, c’est le boulot des chargés de mission entreprise de l’Ecole. Ensuite, il faut que les collaborateurs de l’E2C soient présents dans les entreprises : pour le suivi des stages, pour la négociation d’un contrat en alternance… et que les entreprises soient présentes à l’Ecole : pour la présentation de métiers, pour des forums, des simulations d’entretiens d’embauche… bref il faut qu’elles puissent influencer notre fonctionnement.

Autre élément de mesure de notre relation avec les entreprises : elles financent aujourd’hui près de 10% du budget de fonctionnement de l’E2C aux côtés de l’Etat et surtout de toutes les collectivités locales qui sont à l’origine de l’Ecole*. En un peu plus de deux ans, le financement « privé » de l’E2C Marseille est passé de 0 à 10% : c’est un indicateur de la réaction des entreprises qui s’ajoute aux contrats qu’elles proposent à nos stagiaires.

5. Justement, quels sont les résultats de l’E2C ?

De 1998 à fin 2009, le taux de réussite de l’E2C est de l’ordre de 58% pour les 2 500 jeunes sortis. Il s’agit : (1) dans près de 30%, de signatures de contrats de travail (comptabilisés s’ils durent plus de trois mois) ; (2) dans environ 8% des cas, de signatures de contrat de travail en alternance (type contrat d’apprentissage ou de professionnalisation) ; (3) dans 20% des cas, d’une entrée ou d’une reprise de formation qualifiante ou diplômante, correspondant au projet professionnel construit à l’E2C. Tous contrats confondus, le taux d’accès à l’emploi ou à la formation s’élève à plus de 66% environ un an après la sortie des stagiaires. 

Depuis la création de l’E2C Marseille, une cinquantaine d’E2C ont été créées en Europe. Mais la France est le pays où ce dispositif se développe le plus rapidement. Reconnues par la loi depuis 2007, vingt quatre Ecoles sont aujourd’hui membres du réseau E2C France – réseau français dont l’E2C Marseille est co-fondatrice et 1ère Vice-Présidente en charge de la Labellisation. Elles gèrent 62 localisations sur 14 Régions et 32 Départements où elles accueillent actuellement plus de 7 000 jeunes, pour un taux de sorties positives consolidé de l’ordre de 59%. Preuve que, si l’on respecte certains principes fondateurs (c’est pour cela qu’un dispositif de labellisation existe), ce dispositif peut apporter une réponse en vraie grandeur au problème. Une réponse, pas LA réponse bien sûr ; d’autres dispositifs existent autour de nous, partout en France, charge à nous de développer toutes les passerelles utiles pour une véritable « deuxième chance ».

Pour plus de renseignements sur l’origine de l’E2C de Marseille : http://www.e2c-marseille.net