GRÉGORY PRUDHOMMEAUX / CÉLINE LAFFIN : LE REGARD SUR LA CHINE DE DEUX EXPATRIÉS FRANÇAIS… : 

GROUPE DE CONSULTANT ALTIOS

 

 

 

 

 

 

Le 03/10/2010

Expatriés français implantés à Shanghai, Grégory Prudhommeaux, directeur du groupe de Consultant Altios, employeurs de salariés chinois témoignent de son expérience du marché Chinois, nous explique comment se développe le DD et la RSE, les opportunités possibles en Chine pour le marché français. Il est aussi membre de la Jeune Chambre Economique de Shanghai créée par la Jeune Chambre économique Française et Céline Laffin, sa présidente nous explique leurs actions sociales et économiques menées dans un pays où les associations sont interdites…..

 

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Quelques chiffres : quel est le SMIC chinois et le salaire moyen ?

Difficile à dire car qui dit SMIC dit contrat officiel, et on sait que beaucoup de gens (population flottante, « MingGong ») ne sont pas déclarés. Ils sont payés quelques centaines de RMB par mois (moins de 100€). Un salaire de base peu démarrer à ~200€ dans une grande ville comme Shanghai, mais dès qu’on passe sur des profils plus élevés ou plus spécialisés on a tout de suite des salaires comparables à la France.

Grégory Prudhommeaux, vous êtes expatrié depuis 5 année, quelle est votre activité et vos objectifs ?

Je suis arrivé à Shanghai en 2006 après avoir passé plus d’un an à Hong Kong. A Shanghai, du fait de mon coté entreprenarial et de mon niveau de chinois, j’ai toujours voulu faciliter les affaires des sociétés étrangères en Chine. J’ai tout de suite développé mon département de consulting avec un cabinet de consulting Chinois (G&T Consulting www.shgnt.com).

En parallèle j’ai développé plusieurs affaires en tant qu’entrepreneur, voulant aider les entrepreneurs (annuaire de société de service : www.nextstepdirectory.com, évènements pour entrepreneurs www.nextstepshanghai.com).

C’est en 2009 que j’ai été approché par le Cabinet Français ALTIOS International. Nous avons fusionné nos activités pour offrir une plus large gamme de services à nos clients. Depuis Juillet 2010, je suis devenu directeur du bureau d’ALTIOS Chine. Nous aidons les sociétés à mieux comprendre le marché chinois (étude de marché, mise en relation, implantation, conseil,…)

Vous travaillez avec des Chinois, quels sont vos obligations légales vis-à-vis des salariés Chinois et vos avantages sur la France ? 

Il y a de moins en moins de différences avec la France, surtout depuis la nouvelle loi du travail de Janvier 2008. On avait, avant, tendance à protéger les employeurs. Depuis 2008, on protège les employés. Les obligations sont sensiblement les mêmes que partout dans le monde (contrat de travail, vacances, bonus, charges salariales et patronales qui peuvent représenter jusqu’à 40% du salaire…). 

Il y a en revanche un système provincial pour favoriser l’emploi des locaux plutôt que ceux des autres régions, ceci à un impacte sur les charges patronales (Plus de taxes pour l’embauche d’une personne venant d’une autre province).

Les avantages sur la France sont certainement la réactivité et la flexibilité d’une équipe chinoise bien menée, tout comme la fidélité à son entreprise. Mais les 2 dernières générations (20 ans / 40 ans) sont tellement différentes l’une de l’autre qu’il est très difficile de manager une équipe avec de tels attentes et besoins. La génération plus vieille est très fidèle et sait qu’il faut se battre pour garder un travail. La génération plus jeune, est souvent plus aisée. Les parents ont déjà bien travaillé, les choses sont plus faciles pour eux. Beaucoup vivent encore avec leurs parents. La raison principale pour les sociétés d’embaucher des français, par exemple, est surtout dans le goût du service bien fait, l’intérêt pour le détail. Les chinois sont moins dans l’apparence que les français, ce qui représente un vrai manque dans plusieurs types de métiers de service.

Comment les entreprises Chinoises s’imprègnent-elles de la Responsabilité sociétale des entreprises ?*

La culture chinoise a des bases très différentes, et est difficilement comparable avec la France. La Chine va tellement vite, qu’il me semble qu’ils ont décidé de mettre certain problèmes de côté pour l’instant. La Chine était encore récemment considérée comme un pays en voie de développement, on ne peut pas avoir les mêmes exigences qu’avec les pays d’Europe. La Chine a un esprit très communautaire et d’entre-aide au niveau privé ce qui fait que les défavorisés et les personnes âgées ne sont pas laissées pour compte. Il suffit de se promener dans les rues de Shanghai pour voir des groupes de personnes âgées se racontant les bonnes vieilles années Mao.

Au niveau CSR (Corporate social responsability, RSE), certains grands groupes internationaux l’imposent, et beaucoup de groupes Hong Kongais, et Taiwanais, suivent le pas. C’est peut-être aussi une question de maturité. Un projet de la Jeune Chambre Economique (www.jcef-shanghai.com) se nomme Forget-Me-Not (ne m’oublie pas) et vise à guider des sociétés étrangères vers des démarches plus CSR. Concrètement, plutôt que d’aller faire un team building au bowling ou au karaoké (version chinoise), Forget-Me-Not propose à la société de monter une pièce de théâtre sur l’hygiène dentaire qui sera jouée devant des orphelins. Eclats de rires et souvenirs bien plus durables qu’une soirée à chanter au micro devant un écran de télé.

Sentez-vous les institutions Chinoises pousser le pays vers le DD et la RSE ?

Certaines ONG ont pointé certaines choses (comme la situation de centres pour orphelins ou handicapés) et, en tout cas sur Shanghai, les institutions (comme la Shanghai Charity Foundation) ont débloqué des budgets.

Même si l’Earth Hour est un évènement de plus en plus suivi, il est encore très difficile de sensibiliser les gens à l’économie d’énergie, au green, etc… Même si professionnellement je vois que les produits bio (alimentaire, cosmétiques, produits nettoyants,…) commencent à gagner de l’importance.

Que faudrait-il aux entreprises françaises pour mieux réussir et quelles sont selon vous les opportunités à saisir pour notre marché national ? 

Je pense que comme pour tout grand projet, il faut s’avoir s’entourer. Connaître la Chine et surtout les chinois n’est pas si facile, et plus on l’étudie moins on la comprend. Sur un territoire aussi grand que l’Europe, ce qui est vrai à Beijing, ne le sera pas à Lhasa, ou Canton,… les lois, la culture, l’histoire,… ont fait de la Chine un pays complexe, il faut donc s’appuyer sur ces français qui sont là depuis beaucoup plus longtemps (presque 15 000 à Shanghai !). Il faut partager, parler de son projet, s’échanger des idées, et des bonnes pratiques,… il n’y a aucune question stupide, et ce, quelque soit le niveau ! La France a déplacé son centre de production vers les pays d’Afrique du Nord, d’Europe de l’Est ou d’Asie, et à gardé son R&D en France. De plus en plus on se rend compte que la Chine n’est plus uniquement une manufacture, mais aussi un laboratoire de recherche. Il y a des idées, des concepts (Technologies mobiles), des nouvelles marques (Haier, Lenovo,…). J’ai pu remarquer que, par exemple, certaines sociétés italiennes n’ont pas forcément encore déplacé leur centre de production et continuent à produire de la même manière qu’elles l’ont toujours fait. Aujourd’hui, il y a un marché du « bien fait », du « sur-mesure », du « fait main », qui peut réapparaître et dont la Chine n’a aucune place à prendre. On parle des italiens, mais c’est aussi le cas des américains dans d’autres domaines.

Céline Laffin quelle est la vocation de la JCE implantée à Shanghai sachant que c’est une association et qu’elles sont interdites en Chine ? 

A Shanghai il est facile d’être happé par la bulle d’effervescence ambiante : on travaille plus, on sort plus, on bouge plus… Nous sommes une soixantaine de francophones à avoir aussi choisi de nous investir beaucoup plus.

Au sein de la Jeune Chambre Économique des Français de Shanghai, nous entreprenons des projets économiques, sociaux et culturels, à but non lucratifs, et les rendons pérennes en les transmettant à la communauté locale. 

Si le droit d’association est interdit en Chine, la JCEF de Shanghai est largement tolérée par le gouvernement chinois. Nous collaborons même régulièrement avec les autorités lorsque nous sollicitons la Shanghai Charity Foundation ou quand nous organisons un concert en plein air pour la Fête de la Musique dans l’hyper centre de Shanghai.

Évidemment rien de cela n’aurait été possible sans le soutien du Consul Général de France à Shanghai, qui soutient et valide nos actions.

Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez ?

A la demande du Consulat, nous avons lancé récemment le Club des Etudiants de Shanghai qui a vocation de fédérer et unir les étudiants français autour d’une même entité ainsi que de répondre à leurs différentes problématiques.

Ce Club a été créé sous la même forme que le Club VI (VIE et VIA) que nous avions lancé en 2008 réalisant ainsi une première mondiale.

Des Forums Travailler Ensemble au cours desquels des petites entreprises rencontrent les grands groupes français lors d’un speed networking. Une initiative JCEF qui existe également a Pékin, Hong-Kong et Canton et tend à se multiplier en Chine et en Asie.

Pour que personne ne soit oublié, les volontaires de Forget Me Not font inter-agir le monde de l’entreprise avec le monde des personnes défavorisées au cours d’événements culturels, éducatifs et ludiques comme le programme d’hygiène dentaire, la journée magie ou au zoo, etc…

Shanghai Saves Life, l’un de nos tous derniers projets, propose de faire une sensibilisation aux Premiers Secours et est en train de mettre en place un partenariat avec la Croix Rouge française.

Votre jeune Chambre compte combien de personnes et y-a-t-il d’autres Jeunes Chambres en Chine? 

Aujourd’hui une soixante de volontaires s’investissent dans ces projets.

Une autre JCEF existe a Pékin depuis déjà quelques années, et de nouvelles JCEF sont en cours de création à Canton et à Hong-Kong.

Vous-même, avez-vous l’impression de sensibiliser les chinois à ce type d’actions plus portées sur la prise en compte de l’humain, ne dit-on pas dans le crédo de la Jeune Chambre que « l’Homme est la plus précieuse des richesses » ? 

Même si nous faisons aujourd’hui partie des institutions françaises incontournables de Shanghai, il serait prétentieux de penser que notre petite association peut sensibiliser un peuple de 1,3 milliard de personnes avec des millénaires de culture ! Nous faisons simplement de notre mieux pour améliorer un peu la vie des citoyens de notre ville d’adoption comme avec notre projet « Shanghai Young Bakers » qui consiste à former des orphelins chinois au métier de boulanger en leur offrant une formation professionnelle qualifiée (double diplôme franco-chinois en boulangerie française) ou avec celui appelé « Forget-Me-Not » qui essaie de changer le quotidien de jeunes autistes ou déficients mentaux ou encore orphelins.