CLAUDE ROSSIGNOL : 

PRÉSIDENT DE LA FÉDÉRATION RÉGIONALE DES SYNDICATS EXPLOITANTS AGRICOLES

 

 

 

 

 

 

Le 13/12/2011

Claude Rossignol, vous êtes Président de la Fédération Régionale Des Syndicats Exploitants Agricoles, vous nous expliquez, comment se porte notre agriculture régionale, est elle aussi en crise ? Quelle est la part du Bio ? se développe t-il ? Quelles sont les parties cultivables supprimées au profit du bâti ? Notre agriculture est-elle en train de se préparer au changement climatique ? .

 

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Comment se porte notre agriculture régionale, est elle aussi en crise ?    

Notre agriculture régionale est en effet en crise comme le démontrent les premiers chiffres du récent recensement agricole. La population active permanente s’est réduite de 15500 personnes en 10 ans pour atteindre 44600 actifs et seulement 24800 chefs d’exploitations. Toutes les productions spécialisées qui font la renommée de notre région voient leur surface fortement diminuer : l’arboriculture, l’horticulture, le maraîchage et la viticulture. En effet, ces filières ont subi des crises à répétition depuis plusieurs années et notamment la filière des fruits et légumes. Notre région étant l’une des premières régions françaises productrices de fruits et légumes et elle a donc particulièrement souffert en 2009 et cette année encore des crises spécifiques à ces produits. Certains exploitants ont dû ou ont choisi d’arrêter leur activité et pour nous cela est inacceptable car nous sommes persuadés que notre agriculture régionale peut se positionner dans une croissance durable. C’est pour cela que la profession se bât pour aider les exploitants à passer ces caps difficiles, pour essayer de proposer des solutions pour redonner de la compétitivité à nos entreprises agricoles qui en manquent notamment en raison des distorsions de coût du travail avec nos pays concurrents, à travailler pour que la future Politique Agricole Commune post 2013 prenne en compte nos spécificités méditerranéennes 
Cependant, nous ne voulons pas céder au catastrophisme car notre agriculture régionale bénéficie toujours de nombreux atouts. 
Ce sont les productions végétales qui dominent dans notre région avec les cultures fruitières et légumières principalement en Vaucluse et Bouches du Rhône, les vergers s’étalant sur le bassin de production de la Durance, jusqu’au sud des Hautes Alpes, en passant par les Alpes de Haute Provence ; des zones viticoles dans les coteaux varois et en Vaucluse ; l’horticulture et le maraîchage sur la côte ; des grandes cultures sur les plateaux et en Camargue. L’élevage est également très présent, notamment dans les départements alpins et contribue fortement à l’entretien du paysage. Fruits, légumes, fleurs, vignes, céréales, élevage, mais aussi olives, miel, plantes aromatiques et médicinales : autant de productions, qui sont sources d’emplois, font vivre les territoires entre Provence, Alpes et Méditerranée, et façonnent l’identité de notre région. Troisième région française pour l’emploi agricole (22500 ETP, 470 millions d’€ en masse salariale), PACA compte en production agricole « restreinte » 8526 employeurs pour 97683 contrats de travail (dont 12500 CDI). 
Ainsi, notre agriculture est prête à relever les défis que lui lancent la société et les consommateurs en particuliers, défis qui sont multiples, à savoir : 

1°) nourrir une population toujours plus nombreuse avec des produits de qualité. Pour cela nous disposons d’atouts formidables avec notre diversité de productions et la qualité de nos produits qui est reconnue par de nombreux signes de qualité. Nous pouvons répondre à une demande locale qui ne cesse de croître notamment avec la demande importante en produits locaux grâce au développement des circuits courts mais nous pouvons également répondre à une demande au niveau national et même mondial grâce au savoir-faire de nos producteurs et des autres acteurs des différentes filières qui ont développés depuis longtemps des circuits de commercialisation jusqu’au grand export.
Ainsi chaque année par exemple nos producteurs de fruits sont présents au salon international de Berlin « fruit Logistica » et séduisent des acheteurs dans tous les pays.

2) dynamiser les territoires grâce notamment aux milliers d’emploi directs et indirects générés par nos productions. Notre agriculture et notre industrie agroalimentaire sont des atouts majeurs de l’économie régionale.

3) entretenir et façonner le paysage comme ils l’ont fait depuis des siècles. Les paysages qui font la fierté de notre région sont entièrement façonnés par l’agriculture : champs d’olivier, de vigne, de pêchers ou de pommiers, de blé, de riz, les haies … sans oublier l’élevage et le pastoralisme sans lesquels on ne pourrait pas aller se promener en forêt ou en montagne, ni profiter des pistes de ski l’hiver, ni enfin lutter contre les incendies. De même, nos concitoyens ne savent pas assez que le formidable réseau hydraulique régional créé initialement et entretenu en grande partie par et pour l’agriculture permet, en plus d’irriguer nos productions (et sans lequel elles ne pourraient exister), d’alimenter en eau les canaux et nappes sous-terraines utilisées par l’ensemble de la population régionale. 

Quelle est la part du Bio ? se développe t-il ?

La région arrive en tête des régions françaises en termes de surfaces en agriculture bio avec 10,5% de la SAU (surface agricole utile) en production biologique. Ce type de production est amené à se développer en raison d’une demande toujours croissante des consommateurs. Pour autant, d’autres pratiques respectueuses de l’environnement sont également pratiquées dans notre région comme la production raisonnée et doivent être aussi mises en avant. De plus, il faut savoir que la plupart des producteurs dits « conventionnels » sont soumis à des cahier des charges très stricts mis en place par leurs acheteurs, que la règlementation française en terme environnementale est l’une des plus exigeantes au monde et que donc les pratiques de nos producteurs ont beaucoup évolués depuis 20 ans et correspondent parfaitement à la demande de qualité de nos concitoyens, bien plus qu’un grand nombre de produits venant de pays étrangers que nous trouvons sur nos étalages.

Quelles sont les parties cultivables supprimées au profit du bâti ? 

Selon des chiffres de la Safer, l’agriculture a perdu 13000 hectares en 12 ans dans notre région principalement en raison de l’urbanisation, les départements côtiers sont les plus touchés. Les dernières statistiques confirment également cette tendance. Le foncier agricole est déjà très rare dans notre région, il représente 30% de l’espace régional contre 60% en moyenne en France, il convient donc de le préserver, c’est un des enjeux primordiaux pour notre agriculture. La pression foncière freine l’installation des jeunes agriculteurs, or la moyenne d’âge des exploitants agricoles est de 54 ans et plus de 30% des chefs d’exploitation ont plus de 60 ans. Il va falloir que nos concitoyens comprennent qu’il faut économiser l’espace, que le développement de logement individuel en périphérie des villes va devoir cesser, qu’il faut « reconstruire la ville sur la ville » (renouvellement urbain). 

Notre agriculture est-elle en train de se préparer au changement climatique ? 

Bien sûr les agriculteurs sont sensibles au changement climatique puisqu’ils sont totalement dépendants du climat et de la météo. Nos agriculteurs ont toujours su s’adapter aux évolutions et aux défis qu’on leur a lancé. Il ne faut donc pas être inquiet. Nous avons dans nos centres d’expérimentation des chercheurs qui travaillent sans relâche pour adapter nos méthodes de production au changement climatique, pour améliorer les espèces que nous produisons. Notre principale préoccupation concerne l’eau dont la plupart de nos productions ont absolument besoin pour se développer. Nous utilisons donc des variétés moins gourmandes en eau. Et nous avons un réseau hydraulique performant (que nous envient de nombreuses régions) qui nous permet d’envisager l’avenir avec sérénité même si nous savons que les conflit d’usage vont se développer avec la rareté de la ressource.