CHRISTIAN CARABALLO  

DIRECTEUR, ET PREMIER SALARIÉ D’ESIA PACA 

 

 

 

 

 

 

Le 12/10/2011

Christian CARABALLO, vous êtes directeur, et premier salarié d’ESIA PACA (15 personnes, un fonds de garantie régional, une palette d’outils financiers et plusieurs millions de fonds investis) vous nous expliquez le rôle d’ESIA qui est en train d’évoluer étant au départ un outil financier réservé à l’économie sociale et solidaire et depuis peu qui s’ouvre aux entreprises qui mènent une politique RSE… ! Vous nous faites part de cette évolution, des critères que vous avez élaborés et de votre vision de l’évolution du monde associatif face à ses besoins de financement…. 

 

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Qui est ESIA, quel est son rôle et quelles sont ses missions ?

En 2001, ESIA PACA a été crééé dans le but de consolider en fonds propres des structures d’insertion et des associations qui étaient employeurs d’emplois aidés. Cela représentait un vivier de 2 à 3000 associations et 400 structures d’insertion, toutes appartenant à l’économie sociale et solidaire

ESIA a été créée par l’Etat, la Caisse des dépôts, la Région et France Active auquel elle est affiliée. ESIA mobilise de nombreux outils de prêt et de garantie. 

Notre fonctionnement est exclusivement financé par des collectivités locales et principalement la Région PACA. Notre volonté est d’offrir une expertise gratuite à nos bénéficiaires, une offre de financements adaptée à leur modèle économique et destinée à co-financer leurs investissements tout en assurant l’intermédiation bancaire. (Prêt compris entre 0 et 3% et garantie d’emprunts bancaires jusqu’à 70%). Nos interventions s’étalent de 5000 euros à 500 000 euros. La moyenne des interventions financières est de 40 000 euros par structure.

En 9 ans le bilan d’ESIA, c’est 15 millions d’euros qui ont été prêtés. Plus de 350 projets d’entreprises de l’économie sociale qui ont été financés employant à l’origine 9000 personnes. Nous avons également financé 450 créations d’entreprises par des demandeurs d’emploi en trois ans grâce à un prêt pouvant aller jusqu’à 10000 euros à taux zéro. 900 associations représentant 20 000 emplois ont été également conseillées.

ESIA se différencie par le service qu’elle apporte à chaque porteur. Elle lui fait bénéficier de son expertise financière ce qui entraine parfois des évolutions des modèles économiques basés majoritairement sur des subventions et financés par des moyens parfois inadaptés (découvert bancaire notamment). Elle conseille, met en forme les projets de création, de développement, de reprise d’entreprises solidaires recrutant notamment des personnes en situation d’exclusion.

Entre le moment du premier rendez-vous avec le porteur, l’examen du projet et le déclenchement du prêt, plusieurs rendez-vous sont nécessaires en fonction de la maturité des projets et des difficultés à résoudre les problèmes périphériques aux questions financières. C’est cette expertise et le suivi consécutif au financement qui nous permettent d’avoir 90% de nos structures financées encore en vie au bout de 5 ans.

Comment voyez-vous évoluer le secteur associatif face à sa demande de financement ? 

Le secteur associatif est depuis de nombreuses années un acteur important des politiques publiques de l’emploi par le biais notamment du recours aux contrats aidés. Les associations constituent souvent un gisement d’initiatives, d’innovations sociales et environnementales qui viennent palier une insuffisance d’intervention publique. Elles ont besoin d’être financées avec les mêmes outils que les entreprises, d’autant que la crise des finances publiques leur impose de modifier leur modèle économique et de se tourner vers d’autres moyens de financements (mécénats, bénévolat, marchés publics, …) ce qui va avoir un impact sur leur gestion et l’indépendance de leurs projets. 

Nous constatons que beaucoup de structures ont de plus en plus de mal à boucler leur budget. 

En parallèle nous émettons l’hypothèse que de nombreuses entreprise régionales qui n’ont pas la capacité de délocaliser leurs emplois, sont sensibles aux grands enjeux de notre société et sont capables de mettre en œuvre des pratiques de responsabilité sociales et environnementales. 

Vous avez donc décidé d’élargir vos champs d’intervention aux entreprises qu’elles fassent partie de l’économie sociale et solidaire ou non, à partir du moment où elles mettent en œuvre une démarche de RSE, expliquez nous ?

Effectivement, depuis 2011, nous avons décidé de faire évoluer nos critères d’intervention et d’avoir une approche globale des projets qui va du solidaire au responsable.

Nous octroyons des prêts à la condition que l’entreprise se soit engagée dans une politique pour améliorer le climat social et environnemental. (politique de redistribution des richesses, formation, climat social, respect de l’environnement, emploi local, etc…).

Comment vérifiez-vous des critères de pratiques RSE mise en place ? 

Nous avons bâti un questionnaire avec 3 axes (solidarité, responsabilité et impact territorial) et 30 indicateurs qui nous permettent d’appréhender la réalité des pratiques ou la nature des intentions des entrepreneurs en faveur d’une plus grande responsabilité sociale. Ces entreprises sont souvent éligibles à l’agrément d’entreprises solidaires octroyé par l’état et qui les rend éligibles à nos produits de financement solidaires.

Depuis avez-vous aidé de nombreux dossiers ?

Nous avons démarré ce projet début 2011, avons expertisé une dizaine d’entreprises et financé deux d’entre elles. En parallèle, nous assurons l’expertise financière et le cofinancement des projets sélectionnés dans le cadre du dispositif CEDRE promu par la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il permet à des projets à potentiel, quel que soit leur statut, de trouver des moyens de financement tant au niveau de l’exploitation que du bilan à condition que leur projet permette de créer un nombre d’emploi significatif tout en respectant des critères de RSE.

www.esia.org