BENJAMIN KABOUCHE

DIRECTEUR DE LA LIGUE POUR LA PROTECTION DES OISEAUX DANS LA RÉGION PACA

 

 

 

 

 

 

Le 12/10/2011

Benjamin Kabouche, vous êtes directeur de la Ligue pour la Protection des Oiseaux dans la région PACA (LPO PACA), qui a pour vocation de renforcer le « pilier environnemental » qui intègre tout à la fois la conservation de la biodiversité, le bien-être et le développement socio-économique. Justement vous nous expliquez en quoi notre région est la plus riche des régions françaises en terme de Biodiversité, en quoi le tourisme l’impact et quelles sont ces actions pour valoriser un éco-tourisme naturaliste ? Enfin vous nous faites part de la consommation des espaces agricoles et naturels. 

 

navig

La LPO PACA, sa vie associative, son œuvre.

La LPO a placé ses stratégies de conservation à partir de cette réflexion globale et locale. Ainsi, la LPO a pour objectif de contribuer à l’amélioration des connaissances sur le patrimoine naturel, mettre en place des programmes intégrés de protection mais surtout promouvoir la circulation des informations et la communication d’expériences autour de la préservation de la biodiversité en contextes naturel et périurbain, auprès des acteurs du patrimoine naturel et du public. Concrètement, la LPO PACA a un projet éducatif pour tous les publics. Chaque année, 4000 enfants bénéficient d’animations et 30 000 visiteurs sont ainsi sensibilisés à la biodiversité par des conférences, des sorties, des expositions et sur des stands de la LPO PACA. La LPO PACA propose également un parcours de formation pour les professionnels du secteur public ou privé : le programme est sur le site http://paca.lpo.fr/.

Quelle est la nature de la biodiversité de notre région ? 

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur est généreusement dotée en paysages variés. Elle possède par conséquent la plus grande biodiversité de toutes les régions métropolitaines françaises. De la partie marine de la Méditerranée jusqu’aux plus hautes cimes alpines, elle offre des milieux naturels, se caractérisant par une faune, une flore, une géologie et des paysages spécifiques qui contribuent à la construction de son identité. Ainsi, la région abrite une flore très variée : 4000 espèces dont 1128 protégées (4900 espèces au total en France) et 86 espèces endémiques à la région. Elle regroupe 245 espèces d’oiseaux nicheurs (312 en France) ; 23 espèces de reptiles (37 en France) ; 16 espèces d’amphibiens (35 en France) ; 114 espèces de mammifères (134 en France)

En quoi le tourisme l’impact ?

La région a évidement un attrait touristique remarquable et il nous appartient de préserver tous nos patrimoines afin qu’ils gardent longtemps leurs valeurs paysagères, architecturales, culturelles, festives mais aussi naturelles. Cette dualité entre la surpopulation touristique et la conservation des ressources ont incité la LPO PACA à résister aux aménagements dans les endroits les plus sensibles mais aussi à proposer des actions pour valoriser un éco-tourisme naturaliste. 

Quelles sont ces actions pour valoriser un éco-tourisme naturaliste ? 

– Limiter le dérangement des activités sportives dans les sanctuaires de biodiversité.
En PACA, les enjeux sont tout d’abord localisés dans les espaces montagnards qui deviennent un immense terrain de sport. La circulation des motos neige, des raquettistes et des skieurs pose un grave problème pour la faune hivernante ; en effet, le Lagopède alpin, le Tétras lyre et la Perdrix bartavelle sont très sensibles au dérangement à cette période. Les falaises sont aussi très utilisées pour l’escalade et ceci constitue une menace pour de nombreuses espèces d’oiseaux qui y recherchent, pour nicher, la tranquillité vis-à-vis des prédateurs et des dérangements. Ces milieux qui étaient restés vierges de toute activité anthropique pendant des siècles se sont trouvés, depuis les années 1980, soumis à des pressions pouvant provoquer la désertion d’espèces animales ou freiner considérablement leur maintien. Même au plus profond des grottes, les chauves-souris sont dérangées par le passage des spéléologues. Bien entendu, la quiétude et la protection des milieux naturels ne peuvent être assurées lorsque des espaces deviennent le terrain de « jeux » pour les sports mécaniques (trial, moto-cross, rallye, etc.).
Sur le littoral, les plages et les dunes sont fréquentées pendant la période estivale par plus de deux millions de personnes. Les espèces nichant dans ces habitats, tout particulièrement les sternes, ne parviennent plus à s’y reproduire. Au large, les plaisanciers arrachent à chaque levée de leur ancre un énième morceau du tapis des herbiers de posidonie. 

– Concilier biodiversité et écotourisme : de l’utopie à la pratique.
La mise en valeur du patrimoine naturel de la région a néanmoins permis le développement d’un tourisme, très en vogue notamment dans les pays anglo-saxons et du nord de l’Europe. Ces visiteurs ont un impact sur l’économie locale qu’il est difficile d’évaluer et qui nécessiterait une étude spécifique. Ce tourisme évite le double écueil du tourisme de masse car il est diffus et étalé sur l’année. A la charnière entre la connaissance naturaliste et le développement du territoire, le loisir ou le tourisme de nature peut permettre de sensibiliser le public et favorise un tourisme respectueux de l’environnement. Ainsi, il est intéressant de noter que 30% des internautes visitant mensuellement les sites internet de la LPO PACA sont des étrangers, tout particulièrement des Belges, des Anglais et des Suisses.

La LPO PACA a ainsi souhaité accompagner cet éco-tourisme en se rapprochant de nouveaux partenaires, à l’instar de la FEEE (Fondation pour l’éducation à l’environnement en Europe) qui organise la labellisation du « Pavillon bleu » des installations littorales et des gîtes ruraux avec le label « clé verte » http://www.pavillonbleu.org/.

Enfin, la Direction générale de la compétitivité, de l’industrie et des services (DGCIS) publie un guide pratique « Biodiversité ». L’action de la LPO s’inscrit dans cette démarche qui vise à mobiliser l’ensemble des acteurs du secteur touristique autour des enjeux de préservation de la biodiversité. Ce guide permet de diffuser « les bonnes pratiques ». Selon les auteurs de ce guide, « les entreprises et les destinations touristiques peuvent augmenter leur compétitivité en intégrant mieux la biodiversité à leurs activités. Le guide recense donc les méthodes, outils et ressources disponibles pour aider les professionnels et gestionnaires à passer à l’action. »

– Nos activités de découvertes de la nature
La LPO PACA accueille chaque année plusieurs milliers de personnes sur sites naturels avec des animateurs et des guides professionnels. De plus, elle propose des formations naturalistes pour les professionnels du tourisme et valorise le travail des acteurs du territoire en animant un réseau de partenaires à travers un « agenda sorties nature » régional, aujourd’hui valorisé au niveau national. Ces activités permettent une approche de la biodiversité avec des entrées thématiques : faune, flore, paysages, aménagement, gestion des milieux, etc. Des permanences pour sensibiliser le public aux enjeux de protection de la biodiversité sont assurées sur divers sites régionaux n’entraînant pas de dégradation. Une charte de bonne conduite est proposée aux acteurs de la découverte de la nature. Un agenda en ligne est proposé et les activités saisies sont basculées automatiquement sur le site du Conseil Régional et celui de la LPO France : http://paca.lpo.fr/decouverte/agenda

La LPO PACA est aujourd’hui reconnue par les autres acteurs de la découverte de la nature pour la compilation et l’animation d’activités de découverte de la nature se réalisant en région PACA. Un travail important de compilation est mené avec les acteurs des territoires, et des collaborations sont étudiées pour que l’ensemble des activités puissent être valorisées sur les sites internet des partenaires (événements de la région, comité régional de tourisme, etc.) à travers les nombreux agendas en ligne qui se développent. L’option e-tourisme a été mise en avant, afin de limiter la diffusion « papier » de l’agenda dans une démarche de développement durable. Les activités sont donc compilées et transmises sur le site des événements de la Région après avoir été saisies sur la page agenda de l’association. 

Quelle est la consommation des espaces agricoles et naturels ?

D’après l’enquête annuelle du ministère chargé de l’agriculture sur l’utilisation des terres, le bilan des changements d’occupation des sols entre 2006 et 2010 se traduit par une progression de l’artificialisation de 79 000 ha par an, soit un département français moyen tous les 7 ans. Les espaces artificialisés comprennent les sols bâtis (17 %), les sols revêtus ou stabilisés (47 %) tels que les routes et parkings, et les autres sols artificialisés (carrières, chantiers, décharges, espaces verts artificialisés) pour 36 %. La progression des surfaces artificialisées semble ralentir au cours des dernières années mais reste en nette progression par rapport à la décennie antérieure : elle était en effet de 61 000 ha par an sur la période 1992-2003, soit un département tous les 10 ans.

Cette progression de 79 000 ha par an entre 2006 et 2010 est notamment due à l’artificialisation « nette » de 46 000 ha par an de terres agricoles. Les espaces naturels qui englobent les surfaces forestières, les landes, les friches et d’autres sols naturels ont progressé de 3 000 ha par an au cours de cette même période.

Source : Ministère de l’Écologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement (2011). 3ème rapport annuel Grenelle environnement.